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Ongoing and upcoming shows:

 

February 8th - April 22nd 2018: People in Focus; Works from the Heino Foundation Collection, Kuntsi Museum of Modern Art, Vaasa, Finland

 

April 10th - May 5th 2018: Rever deux printemps, galerie Detais, Paris

 

May24th - August 26th 2018: The Vexi Salmi Collection, Kajaani Art Museum, Kajaani, Finland

 

October 10th - 28th 2018: Horizon, solo show at TM-galleria, Helsinki, Finland

I paint pictures.

These pictures are the consequence of my observations of the visible world and its representations. Small perceptions of the everyday will merge with reflections on looking, painting and image making: the motif of my works is equally painting itself, its history, the paint as a physical substance, the tableau as an object. Painting and picture often imitate each other.

In painting one can see how a picture appears, for it is in our nature to see images in a simple stain or a few hasty brushstrokes. Our gaze seeks constantly to interpret, to give meaning to what it perceives. When is that moment, when begins or ends the resemblance? I’d like to see that moment, when the paint starts to refer, to resemble something other than itself. That is why I seek to give only the necessary amount of indications. I hint. (What you think you see is often hidden from view.)

There are no photographs on the walls in my studio. . I prefer to employ observation and deduction. I look at people, at the world and at its representations in pictures, painted and otherwise. My paintings are constructions of lines, colours and proportions. The way I paint is predetermined in the sketch, the plan. But my images are not new. I did not really invent them. It is as if they were already there.

Je peins des images.

Ces images sont la conséquence de mes observations du monde visible et de ses représentations. Les petites perceptions du quotidien vont se mêler aux réflexions sur le regard, la peinture et la construction de l’image : le motif de mes œuvres et aussi la peinture elle-même, son histoire, ses qualités physiques, l·‘objet tableau. Souvent, peinture et image s’imitent.

En peinture, nous pouvons voir comment une image apparaît, car nous avons une tendance naturelle à voir des choses dans la moindre tache ou quelque touches de pinceau. Notre regard cherche sans cesse à interpréter, à donner du sens à ce qu'il perçoit. À quel moment commence ou s’arrête la ressemblance·? J’aimerais voir l'instant la peinture commence à faire référence, à ressembler à autre chose qu’à elle-même. C’est pourquoi je cherche à donner seulement la quantité nécessaire d’éléments, d’indices. (Ce que vous pensez voir est souvent à l’abri des regards.)

Il n'y a pas de photos sur les murs de mon atelier. Je préfère observer et déduire. Je regarde les gens, le monde et ses représentations, peint et autres. Mes peintures sont des constructions de lignes, de couleurs et de proportions. La façon de peindre est prédéterminée dans le croquis, le plan. Mais mes images ne sont pas nouvelles. Je ne les ai pas vraiment inventées. C’est comme si elles étaient déjà là.

Henni Alftan par Julie Crenn

Henni Alftan structure un imaginaire guidé par la fragmentation, celle de l’image, des corps, des objets et de la narration. Rien ne nous est jamais donné dans sa totalité, l’artiste examine avec attention les détails pour s’écarter un maximum de la notion de récit. La dimension narrative et temporelle de la peinture nous échappe. Le bavardage est exclu. Pour cela, l’artiste travaille la question du cadre et du cadrage des sujets qu’elle invente à partir de ses observations quotidiennes. D’une scène spécifique, elle va retenir un regard, une main, un objet, une silhouette, une ombre, le détail d’un vêtement, un geste, un motif, une couleur. En s’attachant à reproduire en peinture les détails du quotidien, du commun, Henni Alftan nous invite à réfléchir à ce que nous voyons, au monde visible et à ses modes de représentations. En ce sens, les œuvres nous amènent à penser l’image à travers l’objet peinture·: son histoire, son actualité, sa légitimité, sa matérialité et sa dimension conceptuelle.

Henni Alftan explore les problématiques inhérentes à deux histoires croisées, celle de la peinture et celle de la photographie. Elle poursuit et analyse des problématiques picturales·: la surface, la profondeur, l’aplat, la couleur, l’objet, le regard, la ligne, la composition, le motif, le cadrage, le récit (ou plutôt le refus du récit), l’image dans l’image, le miroir ou encore le montage. Si sa peinture est figurative, elle ne s’inscrit en aucun cas dans une approche où le réel serait parfaitement imité. Elle ne met en place aucune démonstration picturale qui permettrait la création d’une illusion. Pourtant, la photographie, son histoire et son actualité, joue un rôle important dans la construction de ses œuvres et dans sa manière de voir le réel. Elle est notamment présente dans ses choix de cadrages qui souvent sont en décalage avec ceux habituellement employés en peinture. Elle cite volontiers l’œuvre de Wolfgang Tillmans dont l’intérêt pour la dimension physique de l’image, la décontextualisation, le prélèvement de motifs, l’anonymat, les formes, les matières et les couleurs trouve un écho certain avec ses peintures. «·J’aimerais voir l'instant·où·la peinture commence à faire référence, à ressembler à autre chose qu’à elle-même. C’est pourquoi je cherche à donner seulement la quantité nécessaire d’éléments, d’indices. (Ce que vous pensez voir est souvent à l’abri des regards.)·» (Henni Alftan) Effectivement, la notion de regard relie les problématiques de la peinture et de la photographie. De manière quasi systématique, l’artiste esquive le contact visuel direct entre le sujet figuré et celui du regardeur. Le face à face est évité au profit de situations étranges et poétiques. La question du regard est récurrente au fil des œuvres·: une femme devant un miroir pose une lentille sur son œil, une autre se regarde dans la lame d’un couteau, les yeux d’un homme sont obstrués par des ombres noires, un couple endormi est allongé dans l’herbe sous l’ombre d’un arbre, une nageuse nous tourne le dos. Les regards sont absents, empêchés, obstrués, détournés, mis en abyme ou dupliqués. Ainsi la part de subjectivité, d’interprétation ou de projection est volontairement réduite afin que le regardeur puisse focaliser son attention sur les détails, les indices et les amorces d’un récit rendu impossible.

En creux de cette réflexion sur la représentation du réel, du sujet et de celui qui regarde, Henni Alftan distille une atmosphère nourrie d’une inquiétante étrangeté. Les œuvres sont traversées d’un silence troublant et d’une violence sourde·: la main gantée d’un chirurgien extrait un organe d’un corps lors d’une opération, un bras nu dont la peau est parsemée d’ecchymoses, un homme porte des lunettes dont l’un des verres est brisé, des flammes s’échappant d’une fenêtre, un corps plongé (noyé·?) dans une baignoire, une longue cicatrice autour d’une oreille. À cela s’ajoute la récurrence des couteaux, des masques, des ombres, des visages absents et du dédoublement des corps. L’artiste s’emploie aussi à former des filtres sur, dans ou à travers les scènes représentées. Ces derniers fonctionnent comme des écrans ou bien des voiles de motifs répétés qui viennent inonder le premier ou l’arrière-plan. Une averse battante, les feuilles d’un arbre, des fleurs, l’ornementation d’un papier peint, un manteau de fourrure de léopard, un tee-shirt en dentelle, des herbes hautes, un grillage. Ainsi, Henni Alftan manipule et perturbe le sens des images qu’elle nous donne à voir. Avec un style simple et efficace, elle questionne notre rapport à la construction de l’image en brouillant les registres, les références, les indices d’espace et de temps.

At first glance, we sense a sort of immediacy in Henni Alftan’s works. By using a complex combination of framing and ellipsis, of matter and light, the artist manages to produce images that appear so real, they become evident…at least at first glance. But then, our reading of the painting is often completely perturbed by the shifts she introduces to complete the subject and inform on the original context.

Henni Alftan systematically plays with our vision, our sense of perception and our thinking… The relationship between showing, naming and contextualizing produces the intriguing tension that underlies her works. They sometimes border cold abstraction, until her artful brushstroke, her knowledge of the codes ruling the image finally reverse our first impressions and lead us to a familiar, recognizable place.

Though her subjects are entirely contemporary, each one of her -canvases refers to pictorial issues of the history of painting. As a result of her experimentations, Henni Alftan has compiled an impressive poetic lexicon of the mundane. Our reflexes as unremitting voyeurs of images are triggered by the touch of her brushstrokes.

Aurélie Faure & Gaël Charbau

Dans un premier temps, c’est toujours par une forme d’immédiateté qu’on entre dans les œuvres d’Henni Alftan. Par un savant jeu de cadrage, d’ellipse, de matière et de lumière, l’artiste parviens à créer un effet de réel qui rend ses images évidentes…en tout cas au premier abord. Puis dans un deuxième temps, elle réussit souvent à déboussoler notre lecture de la toile en créant des glissements, qui viennent compléter les sujets peints, ainsi que le contexte dont ils sont extraits.

L’artiste joue systématiquement avec l’œil, la perception, la pensée… Cette relation entre montrer, nommer et contextualiser crée au fil des œuvres une étrange tension. Ses toiles frôlent parfois une abstraction glacée, jusqu'à ce que sa science du geste et sa connaissance des codes de l’image nous saisissent en retournant nos premières impressions vers un univers connu et reconnaissable.

Chacune de ses toiles renvoie à l’histoire de la peinture et de ses problématiques plastiques, mais ses sujets sont résolument contemporains. Henni Alftan constitue ainsi au gré de sa pratique un ambitieux abécédaire poétique du banal, en appuyant avec ses brosses sur nos reflexes d’éternels voyeurs d’image.

Aurélie Faure & Gaël Charbau